Directives anticipées et personne de confiance : dire ce que vous voulez avant de ne plus pouvoir
Publié le 16 août 2026. Écrit par Pierre, juriste, droit des personnes. Temps de lecture : 9 minutes.
En 30 secondes
- Ce sont deux dispositifs différents et complémentaires : l’un dit ce que vous voulez, l’autre désigne qui parlera pour vous.
- Depuis la loi du 2 février 2016, les directives anticipées s’imposent au médecin, avec deux exceptions encadrées.
- Aucun notaire, aucun médecin, aucun formulaire officiel n’est obligatoire : une feuille datée et signée suffit.
- Elles n’ont plus de durée de validité et se modifient à tout moment, sans formalité.
- Le vrai risque n’est pas de mal rédiger, c’est que personne ne sache où le document se trouve.
Pourquoi ce sujet est le plus reporté de tous
Personne n’a envie d’y penser, et c’est parfaitement compréhensible. Le résultat, c’est qu’une très large majorité de Français n’a rien rédigé, et que la question se pose alors au pire moment : en réanimation, en urgence, entre des proches épuisés qui ne sont d’accord sur rien.
Je vois régulièrement des familles se déchirer, non pas par mauvaise foi, mais parce que chacun est sincèrement convaincu de savoir ce que le parent aurait voulu. Un fils se souvient d’une phrase dite devant un reportage télévisé, une fille d’une autre, dite dix ans plus tôt. Sans écrit, le médecin doit arbitrer entre des souvenirs contradictoires.
Rédiger ses directives anticipées n’est pas un acte morbide. C’est, très concrètement, un cadeau fait à ses proches : celui de ne pas avoir à deviner, ni à porter le poids d’une décision prise à votre place.
Deux dispositifs à ne pas confondre
C’est la première source d’erreur, et elle est entretenue par les formulaires d’admission à l’hôpital, qui alignent trois cases voisines.
| Personne à prévenir | Personne de confiance | Directives anticipées | |
|---|---|---|---|
| Nature | Contact administratif | Personne désignée par écrit | Document écrit |
| Rôle | Être informée | Témoigner de votre volonté | Exprimer votre volonté |
| Pouvoir de décision | Aucun | Aucun, mais témoignage prioritaire | S’impose au médecin |
| Formalisme | Simple mention | Écrit, cosigné | Écrit daté et signé |
| Accès au dossier médical | Non | Oui, avec votre accord | Sans objet |
Retenez la logique : les directives anticipées disent quoi, la personne de confiance dit qui. Les deux se complètent et ne se remplacent pas. Un document écrit ne prévoit jamais toutes les situations ; c’est alors la personne de confiance qui éclaire l’équipe médicale sur ce que vous auriez voulu dans le cas précis qui se présente.
La personne de confiance
Qui peut l’être
Toute personne majeure de votre choix : un proche, un membre de la famille, un ami, votre médecin traitant. Une seule personne à la fois, et elle doit accepter par écrit, sa signature figurant sur le document de désignation.
Ce qu’elle peut faire
- Vous accompagner dans vos démarches et assister à vos consultations médicales, si vous le souhaitez.
- Accéder à des informations médicales vous concernant, avec votre accord, ce qui facilite considérablement le dialogue avec l’équipe soignante.
- Témoigner de votre volonté si vous n’êtes plus en état de vous exprimer. C’est sa mission essentielle, et la loi lui donne une force particulière : son témoignage prévaut sur tout autre témoignage, y compris celui de la famille.
Ce qu’elle ne peut pas faire
Elle ne décide pas à votre place. Elle rapporte ce que vous auriez voulu. La distinction est cruciale et mérite d’être expliquée à la personne désignée, car beaucoup redoutent d’endosser une responsabilité de décision qui n’est pas la leur.
Comment la désigner
Un écrit daté et signé par vous, cosigné par elle. Toute forme convient, mais l’établissement de santé vous proposera généralement un formulaire à l’admission. La désignation est révocable à tout moment, également par écrit.
Un conseil pratique : choisissez quelqu’un de disponible, joignable, et capable de tenir face à une équipe médicale. Le conjoint est le choix naturel mais pas toujours le plus opérant, car il sera lui-même bouleversé. Un enfant, un frère, une amie proche font parfois de meilleurs porte-parole.
Les directives anticipées
Ce qu’elles contiennent
Elles expriment votre volonté sur la poursuite, la limitation, l’arrêt ou le refus de traitements et d’actes médicaux, pour le jour où vous ne pourriez plus vous exprimer.
Concrètement, on y aborde en général : la réanimation cardio-pulmonaire, la ventilation artificielle, la dialyse, l’alimentation et l’hydratation artificielles, les traitements de la douleur y compris s’ils peuvent abréger la vie, et le lieu souhaité pour la fin de vie.
Leur valeur juridique
C’est le point qui a changé, et beaucoup l’ignorent encore. Avant 2016, les directives anticipées n’avaient qu’une valeur consultative : le médecin devait en tenir compte, sans y être tenu. Depuis la loi du 2 février 2016, elles s’imposent au médecin.
Deux exceptions, strictement encadrées :
- L’urgence vitale, pendant le temps nécessaire à une évaluation complète de la situation. On ne demande pas à un service d’urgence de rechercher un document avant d’agir.
- Les directives manifestement inappropriées ou non conformes à la situation médicale. Dans ce cas, le médecin ne peut pas décider seul : le refus doit résulter d’une procédure collégiale, être inscrit au dossier médical, et la personne de confiance ou la famille doit en être informée.
Cette seconde exception est parfois présentée comme vidant le dispositif de sa substance. C’est inexact : elle est encadrée, motivée, tracée et contestable. Elle vise les cas où la directive, rédigée dans l’abstrait, ne correspond pas à la situation réelle.
La force du principe de non-obstination déraisonnable
Il faut le savoir même sans rien avoir rédigé : la loi interdit l’obstination déraisonnable. Les traitements ne doivent pas être poursuivis lorsqu’ils apparaissent inutiles, disproportionnés, ou n’ayant d’autre effet que le seul maintien artificiel de la vie. Vos directives viennent préciser, dans votre cas, où se situe cette limite.
Rédiger : ce qui compte vraiment
Le formalisme minimal
Un document écrit, daté et signé, mentionnant vos nom, prénom, date et lieu de naissance. C’est tout. Manuscrit ou dactylographié, peu importe.
Si vous ne pouvez pas écrire ou signer vous-même, deux témoins, dont votre personne de confiance, attestent par écrit que le document exprime bien votre volonté libre et éclairée.
Un modèle officiel existe, proposé par le ministère de la Santé et la Haute Autorité de santé. Il n’est pas obligatoire mais il aide, en distinguant deux situations : celle où vous êtes en fin de vie ou atteint d’une affection grave, et celle où vous vous estimez actuellement en bonne santé.
L’erreur la plus fréquente : rester trop vague
« Je ne veux pas d’acharnement thérapeutique » est la formule la plus écrite et la moins utile. Elle ne dit rien d’exploitable : le refus de l’obstination déraisonnable est déjà la loi, et le terme « acharnement » n’a pas de définition médicale.
Préférez des formulations situées. Par exemple : « en cas d’atteinte cérébrale grave et irréversible, je refuse la ventilation mécanique prolongée et l’alimentation artificielle », ou « je souhaite recevoir tout traitement antalgique nécessaire, y compris s’il risque d’abréger ma vie ».
Le meilleur moyen d’y parvenir est d’en parler une demi-heure avec votre médecin traitant. Il connaît votre dossier, sait quelles situations sont plausibles compte tenu de vos antécédents, et vous aidera à écrire des phrases que ses confrères pourront appliquer.
Ajouter le pourquoi
Rien ne l’impose, mais c’est précieux. Une ou deux phrases expliquant ce qui compte pour vous, ce que vous redoutez, ce qui rend une vie acceptable à vos yeux, aide l’équipe médicale et vos proches à interpréter le document dans une situation que vous n’aviez pas prévue. C’est souvent la partie la plus utile.
Conserver : l’étape que tout le monde rate
Un document parfait que personne ne trouve ne sert à rien. C’est, de loin, la faiblesse la plus fréquente.
Le réflexe principal : déposez-les dans votre dossier médical partagé, accessible depuis votre espace numérique de santé. C’est le seul endroit où n’importe quel professionnel vous prenant en charge, y compris un service d’urgence dans une autre région, pourra les consulter.
En complément :
- Une copie chez votre médecin traitant, dans votre dossier.
- Une copie remise à votre personne de confiance.
- Une copie à vos proches, ou au moins l’information que le document existe.
- Une mention visible à votre domicile indiquant où se trouve l’original. Certaines familles la placent avec les ordonnances, sur le réfrigérateur, à la vue des secours.
Signalez leur existence à chaque hospitalisation, systématiquement, y compris pour une intervention bénigne. C’est la question qu’on oublie de poser et que vous pouvez poser vous-même.
Quand s’y mettre
Il n’y a pas d’âge, et surtout pas de seuil de gravité à atteindre. Trois moments s’y prêtent particulièrement :
- Au moment de la retraite, en même temps que les autres démarches d’anticipation.
- Au moment d’un diagnostic de maladie chronique ou évolutive, tant que la réflexion reste sereine.
- Après le décès d’un proche, période où l’on constate souvent, très concrètement, ce que l’absence de directives a coûté à la famille.
Comptez une heure pour la réflexion, trente minutes avec votre médecin, dix minutes pour l’écriture. Ce n’est pas un chantier, c’est une soirée.
Un dispositif à articuler avec les autres
Les directives anticipées couvrent le champ médical. Elles ne disent rien de la gestion de vos biens, de vos comptes, de votre logement. Pour cela, deux autres outils existent, à connaître pour ne pas croire que l’un remplace l’autre :
- Le mandat de protection future, qui désigne à l’avance qui gérera vos affaires.
- Les mesures de protection juridique, qui interviennent lorsque rien n’a été anticipé.
L’ensemble cohérent, pour une personne prévoyante, tient en trois documents : des directives anticipées, une désignation de personne de confiance, et un mandat de protection future.
Sources
- Loi n° 2016-87 du 2 février 2016 créant de nouveaux droits en faveur des malades et des personnes en fin de vie, dite Claeys-Leonetti.
- Code de la santé publique, articles L1111-6 (personne de confiance) et L1111-11 (directives anticipées).
- Code de la santé publique, article L1110-5-1, obstination déraisonnable.
- Haute Autorité de santé, Les directives anticipées concernant les situations de fin de vie, modèle et guide.
- Ministère de la Santé, Fin de vie : s’informer, en parler, décider.
Références vérifiées le 20 août 2026.
Cet article vous a été utile ?
Partagez-le, il peut rendre service à quelqu'un de votre entourage.